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For now we see through a glass, darkly...

Un blog consacré aux cinémas de tous âges et de tous horizons


Premier contact, Denis Villeneuve, 2016

Publié par Romaric Berland sur 8 Janvier 2017, 10:35am

Catégories : #Cinéma américain

Observer et traduire, analyser et interpréter…en mettant le langage au cœur de Premier contact, Denis Villeneuve met joliment en abîme le travail du spectateur face à un film. En art comme en langue, c’est toujours le même combat : l’enjeu est de conduire une herméneutique, à partir de signes (que cela soit des sons, des lettres ou des images) qui forment un code à décrypter. En dépit de sa trame de science-fiction, en dépit de son arrière fond géopolitique dont on a beaucoup parlé, Premier contact est secrètement replié sur ce geste d’élucidation et de découverte.

Le réalisateur canadien raconte la belle rencontre de l’Homme avec l’Inconnu, avec l’Autre, avec l’Ailleurs et donne pour théâtre de ce « premier contact » l’intérieur d’un vaisseau alien ressemblant comme deux gouttes d’eau à une salle de cinéma. Séparés par une vitre, hommes et extra-terrestres apprendront à dialoguer à partir de signes visuels –l’écriture- projetés sur cette glace comme on projette la lumière sur un écran de cinéma. Cette vitre est donc à la fois frontière entre deux mondes inconnus (elle préserve l’atmosphère des aliens et celle des hommes) et fenêtre ouverte sur l’Autre. Voilà une belle métaphore de l’écran comme ligne de partage (entre réalité et fiction) et porte d’accès à l’imaginaire, à un autre monde.

Dès lors, on ne sera pas surpris de voir que Premier contact repose sur le mystère d’une séquence dont le spectateur devra reconstruire la logique et la cohérence au sein de l’histoire et de sa chronologie. Séquence qui ouvre et clôt le film et lui donne une construction circulaire, comme un palindrome, et comme l’écriture des aliens qui communiquent à l’aide de signes et de symboles en forme de cercles. On ne peut faire plus explicite : dans Premier contact, le code à cracker, c’est le film lui-même ("le message, c'est le médium" disait le philosophe Marshall McLuhan), et le langage universel que nous lègue Denis Villeneuve, celui de l’image. 

Méta-textuel, le long métrage peut se lire comme un bel art poétique dans lequel le réalisateur formule son idéal : un cinéma de la réconciliation, un art populaire et rassembleur, où l’image et sa puissance transcendent les particularismes culturels, renversent la barrière des langues, pour toucher à l’universel (ici, l’amour d’une mère). A l’heure où notre monde est gagné par la tentation du repli, à l’heure où le cosmopolitisme est un idéal en passe de mourir, Premier contact formule à nouveau cette belle utopie : si la politique est le règne de l’individualisme où se dispute l’intérêt des nations, l’art (et plus particulièrement le cinéma) est une entreprise collective qui touche chaque homme par-delà les frontières.

Bien évidemment, au-delà de ce décryptage très (trop ?) théorique, Premier contact s’impose comme une œuvre minimaliste et limpide, d’une belle efficacité. Denis Villeneuve trouve là son film le plus réussi, le plus émouvant aussi, dépassant les expériences de Spielberg (Rencontre du Troisième type) et d’autres (Contact) pour trouver son ton à lui. Le réalisateur parvient à faire résonner le collectif et l’intime avec beaucoup d’élégance : son premier contact est à la fois une rencontre entre deux planètes et entre deux êtres. Belle habileté que de savoir faire graviter les astres et les cœurs...

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